Le pou : un outil de sociabilité

         Le pou, ce petit parasite que tout le monde connaît et dont tout le monde parle, a été au centre de l’attention depuis bien longtemps déjà. En effet, depuis sa prolifération initiale il y a environ 78-65 millions d’années, le pou a influencé le comportement social de ses hôtes, à travers différentes espèces et civilisations.

1) L’épouillage chez les primates

 

            Prenons l’exemple des primates, dont le comportement actuel face à l’infestation de  ces parasites, mis en parallèle avec le nôtre peut nous donner une idée du comportement de nos ancêtres communs ayant vécu il y a plusieurs milliers d’années.

            Chez les primates, une organisation sociale très importante définit une hiérarchie entre les individus en établissant de véritables « classes » sociales : les individus de même « rang » ne côtoient pas ceux de rangs inférieurs et ceux de rang inférieur aspirent à faire partie de la « classe » supérieure. Cette aspiration se traduit notamment par l’épouillage : des primates subalternes offrent leurs services aux plus puissants pour s’attirer leurs faveurs.

 

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           L’épouillage consiste pour un primate à sonder la fourrure d’un autre individu de l’espèce pour en retirer saletés, peaux mortes et bien sûr parasites (d’où le terme d’épouillage, dérivant directement de « pou »). Cela procure des sensations très agréables dues à la libération d’endorphines (comme lors de la prise d’opium), ce qui explique la régularité avec laquelle les primates s’adonnent à ce rituel. Cette pratique, à l’origine sanitaire, est donc devenue un véritable outil de sociabilité, clé des échanges sociaux entre les primates.

 

2) Le comportement de l’Homme face au pou

 

Le rapport des Hommes aux poux a bien évolué au cours des siècles et des civilisations, passant de très recherché à tout à fait indésirable. En effet pendant très longtemps, partout dans le monde, les Hommes ont cohabité joyeusement avec les poux, leur prêtant des valeurs :

 

- Thérapeutique : des légendes Inuits racontent comment les poux, qu’ils appelaient Kumait, permettaient de faire « disparaître le vieux sang » en le consommant, lequel était remplacé ensuite par du sang frais ou encore de guérir la cataracte quand on en déposaient sur les yeux, pensant que le mouvement de leurs pattes ferait « glisser » la pellicule obstruant la vue ;

 

               - Commerciale : dans les civilisations précolombiennes, un sac de poux pouvait servir dans le troc ou pour payer un impôt. En effet, il représentait plusieurs semaines de travail patient d’épouillages, entre humains cette fois ;


           - Sociale : chez les Pygmées l’épouillage est précédé d’une danse appelée « Iseng » et fait partie d’un véritable rituel tissant les liens sociaux entre les différents membres de la tribu ; ces pratiques sont toujours d’actualité. En Europe, longtemps considéré comme sécrétion naturelle du corps (Aristote le qualifiait de « ver de peau »), le pou était porteur de chance et censé guérir les maladies, ce qui rendait l’épouillage une activité noble. On retrouve des écrits rapportant que Louis XIV « grouillait de poux sous sa perruque » et que Louis XVI félicitait les membres de sa cour qu’il voyait infestés.

 

Cependant, de nos jours, avoir des poux est honteux car associé à un manque d’hygiène, bien qu’il n’existe aucune corrélation entre propreté et risque d’être infecté. On suppose que la mise en avant des bénéfices des pratiques hygiéniques pour éviter la propagation des germes faite par Louis Pasteur au XIXème siècle a fait prendre conscience qu’il était important de se débarrasser des poux tout en leur donnant une connotation négative.

 

Cette fausse association d’idée entre saleté et infestation par les poux a rendu le sujet tabou, si bien que la population est mal informée sur le sujet, ce qui rend l’éradication des poux impossible. En effet, il faudrait que toute la population d’une région se traite au même moment pour espérer se débarrasser totalement de la population de ces parasites. Cependant, en France notamment, mais aussi dans les autres pays développés, l’État mène des campagnes d’information auprès des familles et encourage les parents d’élèves à prévenir les écoles où sont scolarisés leurs enfants quand ils sont touchés pour que les autres parents réagissent au plus vite. De nombreux dépliants sont distribués et diffusés sur internet sur le sujet.En voici quelques-uns :

 

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Certaines de ces campagnes mènent à d’amusantes dérives comme en 2000, à Sofia en Bulgarie : l’État avait décidé, dans un tentative pour enrayer la recrudescence du parasite dans les écoles, que les enfants qui avaient des poux devaient rester chez eux pendant trois jours pour être traités. Cependant, la perspective  de faire l’école buissonnière a encouragé des écoliers qui ont commencé à s’échanger des poux puis à les vendre dans des boîtes d’allumettes, organisant un véritable trafic. Le prix d’une boîte et l’absentéisme sont montés en flèche avec le nombre d’enfants contaminés, ce qui a poussé le gouvernement bulgare à abandonner cette initiative très rapidement.

 

3) Le pou dans la littérature

 

On retrouve également les poux dans la littérature jeunesse, dans des ouvrages visant encore une fois à briser le tabou les concernant et à expliquer aux enfants qu’ils ne doivent pas avoir honte car ils ne sont pas responsables de leur propre infestation. En voici quelques-uns, destinés aux enfants de 3 à 8 ans :

 

- « La chasse aux poux » Edith & Rascal, Pastel, mars-99, L'école des loisirs, Paris ;

 

- « POUX » Stéphanie Blake, Album (aussi chez Lutin Poche en 2010), 2009, L'école des loisirs, Paris ;

 Aupays

- « Au pays des petits poux » Béatrice Alemagna, Phaidon, juin 2009, Paris ;

 

- « Mes poux à moi » Chantal Tartare-Serrat, Claire Delvaux (illustratrice), janvier 2010, Les Oralbums, Retz, Paris ;

 Ernestcelest

- « Ernest et Célestine ont des poux! » Gabrielle Vincent, Casterman, septembre 2000, Duculot ;

 

- « La guerre des poux » Marypop, Olivier Daumas (illustrateur), Sens dessus dessous, octobre 2010, Scarabea, Paris ;

 Rendez moi

- « Rendez-moi mes poux! » PEF, Editions Gallimard folio Cadet, Poche 2010, Paris ;

 Tom tom et nana t 20 poux papous et pas papous

- « Tom-Tom et Nana, Poux, papous et pas papous » Jacqueline Cohen/Evelyne Reberg, Tom-Tom et Nana, nov-95, Bayard Edition Jeunesse ;

 

 - « Les poux, c'est rien du tout » Nadine Brun-Cosme, Mado Seiffer (illustratrice), février 2008, LITO, Les Albums, Champigny sur Marne.

4) Le pou à la télévision

 

Une équipe de reporters a tourné, pour Mona Lisa productions en 2008, un reportage intitulé « Planète poux », retraçant l’histoire des poux. Ce documentaire est souvent cité sur les sites concernant les poux car c’est le seul sur le sujet. En voici quelques extraits : 

 

 

 

 

 

 

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